Reconnaître un trouble bipolaire

Anciennement appelé psychose maniaco-dépressive

Aide à l'accompagnement spirituel

 

 

Qu'appelle-t-on ‘trouble bipolaire’ ?

Le trouble bipolaire est un trouble grave de l’humeur, caractérisé par une alternance de phases d’exaltation (état maniaque) et de baisse de l’humeur (état dépressif). Ces épisodes sont entrecoupés de périodes de durée vaiable où l’humeur est stable (euthymie).

Si l’évolution de la maladie en dents de scie est assez caractéristique, les symptômes individuels varient d’une personne à l’autre : alors que chez certains, les symptômes de la dépression priment sur ceux de la manie, chez d’autres, c’est l’inverse.

 

 

Quels sont les symptômes des troubles bipolaires ?

 

Episode maniaque

La phase maniaque correspond à une hausse de lhumeur.

  1. Agitation psychique : hyperactivité, accélération de la pensée, faible besoin de dormir - la fatigue n’est plus ressentie -, logorrhée, désinhibition, innombrables idées, jeux de mots et coq à l’âne ;
  1. Agitation motrice stérile : plusieurs projets ou activités, comportements excessifs, etc. Le patient peut entreprendre des activités sans prendre conscience des risques. C'est alors un cas d’urgence psychiatrique nécessitant l’hospitalisation.
  1. Exaltation de l’humeur :
  • Euphorie : l’humeur est changeante passant du rire au pleurs, de la jovialité à l’agressivité. Cette labilité émotionnelle est un signe d’alarme qui ne trompe pas l’entourage.
  • Sentiment de toute-puissance : avec idées de grandeur (mégalomanie) menant à des dépenses excessives; le sujet surestime ses propres capacités, etc.

 

Ce tableau est présent tout au long de la journée presque tous les jours durant au moins une semaine.

L’accès maniaque survient de manière brusque mais peut être précédé d’une phase d’intensité modérée qu’on appelle « hypomanie qui est une forme atténuée. Classiquement le premier symptôme est l’insomnie.

 

Episode dépressif

La dépression est une baisse de l’humeur.

Rappelons qu’on distingue deux grandes sortes de dépression qui se présentent par ailleurs avec la même symptomatologie :

  • La dépression unipolaire qui ne comporte pas d’alternance maniaque : elle ne comporte qu’un seul pôle aux sautes d’humeur, elle ne réagit pas aux régulateurs de l’humeur (lithium).
  • La dépression bipolaire,  ici évoquée, qui se déclare le plus souvent dans l’adolescence, et qui ne réagit pas aux antidépresseurs. La maladie apparaît généralement chez les adultes jeunes (moins de 25 ans) et devient récurrente. Le premier épisode est suivi d’autres épisodes de troubles de l’humeur dans 90% des cas.

 

Un épisode de dépression est caractérisé par trois symptômes présents pendant au moins 15 jours : 

1- Manque d’énergie, apathie, perte de l’élan vital qui rendent insurmontables les tâches du quotidien, repli sur soi ;

2- Humeur maussade, triste, anxieuse, désespoir, solitude, souffrance chronique (avec ou sans cause apparente), agressivité, perte d’espérance : « cela n’ira jamais mieux » ;

3- Perte d’intérêt (démotivation) et de plaisir pour les activités quotidienne.

Parfois, au contraire, l’anxiété entraîne agitation fébrile et incapacité à rester en place.

 

La dépression bipolaire est souvent plus profonde, désespérante et noire, on la taxe de mélancolie parce que la tristesse et la douleur morale y sont intenses.

 

Signes éventuellement associés

  • Fatigabilité ;
  • Trouble du sommeil et de l’appétit ;
  • Culpabilité vis-à-vis de l’entourage, colère, sentiment de dévalorisation et d'indignité, perte du sentiment du droit de vivre, refus de s’alimenter;
  • Diminution de la capacité de concentration et troubles de la mémoire ;  
  • Pensées suicidaires fréquentes : une tentative de suicide n’est pas rare. Ce risque reste la principale crainte associée à cette maladie d’autant que le désir de passer à l’acte est souvent dissimulé;
  • Dépersonnalisation.

 

Ces symptômes ne sont pas forcément tous présents, mais les critères diagnostiques reposent sur la présence d’une combinaison significative de plusieurs d’entre eux.

Le premier épisode de décompensation est habituellement lié à un événement identifiable : deuil, perte d’emploi, divorce, échec, etc. C’est parfois une surcharge émotionnelle positive : se marier, avoir un enfant, etc. Ultérieurement, les épisodes dépressifs surviennent suite à l’accumulation de stress sans événement déclenchant identifiable.

Ce trouble entraîne de nombreux handicaps sociaux, professionnels et affectifs. La personne troublée appelle ses amis sans cesse, elle téléphone au milieu de la nuit, etc.

 

 

 

 

 

 
 

 

 

Symptômes associés

  • Dans certains cas sévères, hallucinatiions, convictions délirantes qu’aucun raisonnement ne peut ébranler à thème mystique, érotique, paranoïde (complot), mégalomaniaque (mission à accomplir), etc.
  • Après une crise, il est possible que la personne ressente culpabilité ou honte de ce qui s’est passé.
  • Catatonie : le patient se figeant alors telle une statue, il peut refuser d’ouvrir la bouche, etc.
  • Anxiété, dépendances à diverses substances (alcool, etc.)
  • Hypersensibilité.
  • Parfois, la mélancolie s’accompagne de signes délirants avec des idées de culpabilité, de ruine, d’incurabilité jusqu’aux hallucinations qui font entendre au patient des voix l’insultant, le couvrant d’insanités ou qui lui font respirer des odeurs désagréables.

  • Un addiction (notamment l’alcool) est observée dans u cas sur deux.

 

Evolution des troubles bipolaires

Les troubles bipolaires sont caractérisés par une succession d’épisodes et des rechutes fréquentes, même sous traitement. Il se révèle le plus souvent au début de l’âge adulte, en moyenne entre 18 et 24 ans, mais il peut parfois survenir dans l’enfance.

Le trouble bipolaire peut s’exprimer différemment et ne pas être reconnu d’emblée. Cette situation est malheureusement la plus fréquente. Il existe souvent un retard de diagnostic, ou une confusion entre la dépression « classique » et le trouble bipolaire.

Prévalence : 1 à 1,5 % de la population. Ils touchent autant les femmes que les hommes.

 

Qui peut être touché par les troubles bipolaires ?

La cause est multifactorielle faisant intervenir des facteurs de vulnérabilité biologique et des facteurs déclencheurs environnementaux.

Facteur biologique

  • Anomalies des neurotransmetteurs : les épisodes de manie => taux anormalement élevé de noradrénaline.
  • Génétique. Le risque d’être atteint de trouble bipolaire est plus grand lorsqu’une personne de la famille est déjà atteinte : prédisposition familiale.

Facteurs environnementaux 

  • Evénements traumatiques qui surviennent tôt dans la vie ;
  • Stress ou changement : saisons, grossesses, fluctuations hormonales, post-partum, etc.

Ces facteurs jouent un rôle de déclencheur ou d'aggravation des symptômes. Citons :

  • Deuil d’un parent,
  • Carence affective ou agressions sexuelles dans l’enfance.
  • Stress de la vie : difficultés conjugales, problème professionnel ou financier, surmenage professionnel, manque de sommeil, etc.
  • Consommation régulière de cannabis ou d’alcool.

Au fond, quelle que soit la cause, ce qui nus importe est de savoir que le cerveau – le mental – est fragilisé et plus vulnérable au stresse de la vie. Ses modestes défenses l’amène rapidement au bord de la décompensation.

 

Diagnostic et diagnostic différentiel

Rappelons que poser le diagnostic est réservé aux professionnels de la santé.

  • Dépression (simple, unipolaire)
  • Épilepsie notamment temporale
  • Trouble de la personnalité borderline
  • La bouffée délirante aiguë
  • Addiction
  • Trouble anxieux.

 

 

 

 

 
 

 

 

Prise en charge thérapeutique

Il n’est pas possible de prévenir l’apparition de cette maladie. En revanche, l’hygiène de vie limite la sévérité des symptômes et aide à stabiliser l’humeur.

Plus la maladie est diagnostiquée précocement, plus il est possible le limiter la dégradation psychique et physique.

Il est par exemple important d’avoir une hygiène de vie :

  • Un rythme régulier de sommeil et des nuits suffisamment longues
  • Pratiquer une activité physique régulière
  • Eviter la consommation de tabac, de cannabis, d’alcool et d’autres drogues
  • Eviter les situations de stress.

Traitement médical

  • En phase aiguë maniaque ou dépressive, le traitement vise à atténuer les symptômes.
  • En phase d’intermittence, il cherche à prévenir les rechutes, en stabilisant l’humeur.
  • Le soutien à l’entourage familial ne doit pas être négligé.

Hospitalisation

  • Une hospitalisation est nécessaire, dans les cas graves d’accès maniaques ou dépressifs. En particulier lorsque des idées suicidaires sont présentes ou que le comportement « débridé » risque d’entrainer la mise en danger du malade, de son entourage ou de ses biens.

 

Accompagnement psychologique

  • Thérapies cognitive et comportementales qui visent à corriger les pensées négatives sur soi et les autres.
  • Approches interpersonnelles ou de groupe visent à stabiliser l’humeur et limiter les rechutes à long terme. Il est important que les proches sachent que le malade ne choisit pas son état.
  • Toute psychothérapie qui puisse aider le malade à développer des stratégies adaptatives. Ceci concerne notamment la résolution des émotions, éventuellement liées aux blessures d’enfance et aux deuils non faits.

 

Accompagnement spirituel

 

Une hypothèse à garder en mémoire pour l’accompagnement spirituel : le déni de la souffrance et la fuite dans l’euphorie. Il n’est pas rare de trouver dans l’histoire familiale de la personne bipolaire des parents trop exigeants, mettant la barre trop haut ou trop tôt, et jamais satisfaits. Ou des parents imprévisibles semant tantôt la crainte, tantôt la tendresse de manière aléatoire laissant l’enfant sur le qui-vive et la sidération intérieure.

L’interdiction d’exprimer la tristesse, l’impuissance, le sentiment de dévalorisation favoriserait l’émergence du trouble.

 

Devenu adulte, mis en situation de stress, la souffrance interdite refait surface sous forme de dépression. Dans cette compréhension, l’épisode maniaque est la manière de conjurer l’excès de peine et de souffrance. Les sentiments d’impuissance, de désespoir et de honte niés se voient opposés leurs contraires : créativité, euphorie et invincibilité. Cette fuite dans la joie amplifie l’attitude commune qui enjoint de faire bonne figure contre mauvaise fortune. Le vœu de ne plus ressentir est une défense, une tentative de maîtriser tyranniquement ses propres sentiments. Ce qui empêche de les accueillir sont la crainte de leur expression explosive et violente, le refus de prendre conscience de ce qui les a générés, etc.

 

C’est donc avec grande prudence, sans forcer, que l’on peut autoriser l’expression de ces sentiments en apportant soutien, réconfort, prière de guérison. La fragilité mentale amplifie les sautes d’humeur que tous nous connaissons.

 

Comme pour toutes blessures affectives, celles liées au trouble bipolaire peuvent être investies par l’ennemi pour fixer la personne dans sa peur, un esprit de vengeance, son déni, etc. Le refoulement de la souffrance creuse le lit des rechutes ultérieures. Les ‘mauvais esprits’ soufflent aussi sur la braise de la culpabilité que le malade ressent lorsqu’après une crise, il prend conscience de ce qu’il a pu commettre pendant la crise. Ainsi, l’Ennemi pousse au suicide. 

 

Un cheminement de guérison intérieure ne sera accepté, à la demande de l’intéressé, qu’après accord écrit du psychiatre référent. Ce devra être une démarche de foi. Il convient également d’avoir clairement expliqué ce qu’il est permis d’espérer ou non du ministère : à savoir, la pacification des facteurs déclenchant ou aggravant le stress, pas la guérison du trouble bipolaire proprement dit. En somme, tous les éléments qui entrent habituellement dans le ministère de guérison intérieure et de délivrance, comme :

  • Le renoncement aux serments intérieurs négatifs ;
  • Le pardon aux offenseurs et à soi ;
  • Etc.

 

Il est sage de s’assurer que la personne s’engage à ne pas suspendre son traitement et de rester en lien avec son psychiatre.

 

Conseils pour l’accompagnement

  • Avancer lentement, progressivement, attendant que la personne se sente prête à faire face à la démarche envisagée ;
  • Abréger la durée des temps d’accueil afin de clôturer avant que la fatigue ou le stresse n’interviennent ;
  • Être clair, précis, concis, garder les choses simples ;
  • Des signes de perte de contact avec le réel signalent le besoin d’interrompre le chemin jusqu’au retour à l’équilibre. Toujours en lien avec le psychiatre traitant.