Le traumatisme de l'avortement et ses conséquences

 

« Pour l’honneur de ton Nom, fais-moi vivre ! » Ps 142

 

Introduction

Mouette rieuse

  • Dans nos pays : il y a un avortement pour quatre grossesses, donc une IVG ou IMG (interruption médicale de grossesse) pour trois naissances. On estime que 40% des femmes y auront recours dans leur existence. Beaucoup d'entre elles choisiraient pourtant de donner naissance à l'enfant si elles trouvaient le soutien et l'aide nécessaires.

  • Rappelons qu'en Belgique l'avortement a été dépénalisé en 1990 à certaines conditions : situations de détresse, endéans la 12ième semaine après la conception, après un minimum de 6 jours de réflexion et l'accord de l'intéressée, exprimé par écrit le jour de l'intervention. Il vient d’être sorti partiellement du code pénal (09/2018).

  • L'avortement est une violence subie - même s'il a été choisi - qui blesse la dignité et la vocation profonde de la femme à donner la vie. Le nier n'y change rien. Le temps non plus ne résout rien : ce qui a été refoulé risque de refluer à un moment ou l’autre, parfois même des dizaines d'années plus tard. 

  • Les tentatives d'avortement qui ont échoués peuvent affecter la mère tout autant qu’un avortement effectif. Il pourrait en être semblablement lorsque la pensée de voir disparaître l'enfant à naître a été entretenue au long de la grossesse.

  • Autant les milieux "pro-avortement" nient l'existence de conséquences négatives à l'avortement, autant les milieux "pro-vie" ont pu en majorer le tableau. On le devine, la question est idéologique. Les témoignages plutôt nombreux sur les réseaux sociaux, puisqu’ils permettent l'anonymat, invitent à ne pas négliger la question. Ces pages veulent, autant que faire se peut, garder juste proportion tant il est vrai que la manière de réagir varie selon les circonstances de la décision, l'âge, le contexte socio-culturel, la situation familiale, les convictions philosophiques et religieuses, etc…

  • La visée de ce topo est de donner un arrière-plan, un cadre, à ceux et celles qui accueillent et accompagnent des femmes endeuillées. Les propositions pastorales qui suivront sont le fruit de l'expérience en relation d'aide de beaucoup et le fruit de la sagesse recueillie dans le sacrement de réconciliation. 

  • Le regard que nous posons est un regard de foi, nous accueillons la Parole de Dieu : " Un cri s’élève dans Rama, une plainte et des pleurs d’amertume. C’est Rachel qui pleure ses fils ; elle refuse d’être consolée, car ses fils ne sont plus. Ainsi parle le Seigneur : Retiens le cri de tes pleurs et les larmes de tes yeux. Car il y a un salaire pour ta peine, – oracle du Seigneur : ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a un espoir pour ton avenir : tes fils reviendront sur leur territoire. Car je vais désaltérer l’âme qui défaille ; toute âme en détresse, je la comblerai. " Jr 31, 15-17.25

 

 

Impacts immédiats

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  • Après un avortement, la femme vit habituellement des émotions variées et contradictoires.

  • Il y a un soulagement initial : disparition du stress lié à la grossesse non désirée et des énormes questions qui se posaient. Puis s’installe un mal-être indéfinissable, mille questions viennent hanter l'esprit : " Est-ce que c'était la bonne solution ? ", " J'aurais peut-être pu faire autrement ? ", " Pourquoi me suis-je laissé influencer ? ", " Pourquoi ai-je pris une décision à la va-vite sans réfléchir ? "... 

  • Sentiment de solitude, de trahison, d'abandon : ceux dont l'aide était attendue ont fait défaut. 

  • Sentiment de colère qui recouvre les autres émotions. L’énergie de la colère donne l'impression de pouvoir maîtriser la situation. Lorsqu’elle est refoulée, l’accueillir est difficile car il y a la crainte de l'explosion. Pourtant cela permettrait de découvrir sans plus la nier la souffrance qu’elle masque. Refoulée, sa violence risque bien de se retourner à terme contre les autres ou soi.

  • L’impression d’être dans la confusion. L’esprit, sans qu’il en prenne conscience, est travaillé par le doute sur le bien-fondé du choix et la transgression de la loi inscrite au fond de tous les coeurs "Tu ne tueras pas !". 

  • Le déni est un mode fréquent de défense. Dénier, c'est occulter une part de la réalité afin de se protéger d'une trop grande souffrance. Ce mécanisme est nécessaire dans un premier temps, il devient délétère s'il persiste. De nombreux facteurs y poussent :
    • « La vie doit reprendre ses droits » dit-on : pas le temps de faire le deuil, ni de se préoccuper des conséquences de la perte de la grossesse, le quotidien est là qui attend.
    • L'orgueil a poussé à dissimuler pour sauver la face, il fallait faire bonne figure, on a tenté de tourner la page au plus vite. 
    • La peur de replonger dans la souffrance ou la nécessité de rejeter la dépression ont poussé au silence.
    • La culpabilité a replié sur soi, la femme a décidé de porter seule son chagrin. 
    • La pression sociale, les fausses idées et la désinformation ont interdit de ressentir les émotions, de reconnaître la perte. 

Bref, ce n'aurait pas été bien vu d'en parler ; d’ailleurs qui aurait pu comprendre ? « Le secret sera bien gardé... »

  • Comme la perte ne peut ni être regrettée, ni pleurée, ni avouée, et que les émotions ne peuvent être accueillies, le travail de deuil ne peut s'accomplir. 

 

 

D'autres mécanismes de défense parfois en cause

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  • La réparation : afin de compenser, la femme se dit : " Je serai plus tard une mère exemplaire; je me consacrerai à telle bonne cause, je remplacerai l'enfant par un autre, etc."

  • La rationalisation : rationaliser, c'est tente de justifier a posteriori une décision en lui trouvant un motif acceptable. On se raisonne, on rationalise, on s'auto-justifie en s'accrochant à la mentalité ambiante qui affirme la légalité et la moralité de l'IVG. 

  • Le refoulement dans l'inconscient au point de ne plus pouvoir se souvenir de l'événement. 

  • La projection : consiste à rejeter la responsabilité sur les autres. Ceci délivre de la culpabilité et fait endosser la livrée de la victime. 

  • Un serment intérieur (pacte, vœux, etc.) a pu être formulé : il tourne en boucle. On se répète sans cesse : " Je n'attendrai plus d'enfant ", " Je ne vaux rien ", " je dois assumer toute seule ! ", " Je ne suis plus digne d'être mère ", " Je dois payer ", etc. Ces paroles intérieures entretiennent la culpabilité malsaine et maintiennent dans la honte. 

 

 

Impacts différés

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  • Les effets négatifs surviennent soit peu après l’avortement, soit de manière différée tant il a été nécessaire de garder le secret ou de refouler la souffrance. Dans ce cas, la femme n'associe pas nécessairement ses difficultés actuelles à l'IVG ancienne qui semblait si bien oubliée. L’élément déclencheur est un deuil, une maternité, une fausse-couche, la rencontre d'un nouveau-né ou d'une femme enceinte, etc. Tout ce qui avait été enfoui revient alors en mémoire (reviviscence). 

  • L'ensemble de ces signes a été rassemblé par certains psychologues sous la dénomination de syndrome de stress post-avortement (SSPT). Sans qu'il faille nécessairement les rassembler sous un syndrome clairement délimité, beaucoup de femmes souffrent d'un ou plusieurs des symptômes que nous allons énumérer. 

 

Impacts émotionnels 

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  • Les émotions sont légitimes et vitales, elles sont ce qui rend pleinement humain, pleinement vivant. Il est important : 
    • de savoir reconnaître nos émotions ;
    • de découvrir ce qui les suscite ;  
    • de savoir les exprimer. Peu sont ceux qui ont reçu dans leur éducation la manière saine de les gérer, soit que : 
      • nous exprimions une émotion par une autre. Une émotion en cache une autre comme la tristesse dissimulant la colère parce que l’éducation a inculqué : " Ici, la colère est interdite !" 
      • nous craignions d'en être submergés.

 

  • Les sentiments habituellement rencontrés après un avortement sont : la tristesse, la colère, la confusion, la culpabilité, la peur et la honte.

 

  • Tristesse et souffrance : comme un grand vide, un sentiment de perte, d’avoir un trou béant à la place du coeur.

 

  • Désespoir et confusion : impression que des ténèbres envahissent l'esprit. Ceci caractérise un deuil en attente d'être engagé.

 

  • Culpabilité et honte : regrets, remords, auto-accusation, auto-condamnation forment un murmure intérieur continu qui hante l'esprit : "Jamais je ne pardonnerai !" tant l'être de la femme désapprouve ce qui a été vécu.

 

 

Impacts psychologiques

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  • Etat dépressif jusqu'à avoir des pensées suicidaires. Le passage à l'acte n’est pas rare chez les adolescentes. Cette dépression est nourrie par l'incapacité à se pardonner. 

 

  • Reviviscence de la souffrance de l'avortement sous forme de cauchemars, flash-back, ruminations, idées obsédantes, etc. Ce qui suscite des efforts redoublés pour oublier. La reviviscence est un signe classique de stress post-traumatique. 

Syndrome anniversaire : il s'agit d'une reviviscence, un retour des symptômes, à la date anniversaire de l'avortement ou celle prévue pour la naissance de l'enfant : "A quoi mon enfant avorté aurait-il pu ressembler ?" 

 

  • Troubles de l'anxiété : insomnie, hypervigilance (être en permanence sur le qui-vive), insécurité, etc. Il peut s'agir de la crainte que l'acte soit découvert. La tactique de l'ennemi est de pousser au secret afin que l'aide utile ne soit pas recherchée. 

 

  • Perte de l'estime de soi jusqu'à la haine de soi. Irritabilité.

 

  • Dépendances. Pour oublier ... et ne plus souffrir et anesthésier l'angoisse : recours à l'alcool, aux médicaments, aux drogues, à l'hyperactivité avec risque d’addiction. 

 

  • D'autres troubles mentaux sont légèrement plus fréquents chez les femmes ayant avorté par rapport à celles qui ont malgré tout gardé l'enfant. Ceci allant à l'encontre de l'argument habituel selon lequel c'est la poursuite d'une grossesse non-désirée qui fait peser une menace sur la santé mentale de la femme. 

 

Impacts physiques 

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  • Stérilité : difficulté à concevoir à nouveau.
  • Fausses-couches ultérieures, souvent la femme pensera : " Dieu me punit ! "
  • Diverses somatisations.
  • Troubles alimentaires et du sommeil. 

 

 

Impacts spirituels 

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  • La mentalité abortive a ouvert une porte à la destruction de la vie, la ‘culture de mort’. L’ennemi du genre humain travaille nos manières communes de penser. Il oriente l’esprit du monde vers des choix qui s’opposent au Royaume de Dieu.

 

  • Peur de la mort. 

 

  • Peur d'être rejetée de Dieu et de son jugement.

 

Impacts relationnels

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  • Contagion familiale de la mentalité abortive : prosélytisme pro-choise, avortements banalisés et répétés.

 

  • Retrait relationnel : isolement social, incapacité à maintenir des relations durables, hostilité vis-à-vis de la figure masculine.

 

  • Instabilité du couple : surtout si les partenaires vivent différemment l’événement. Soit qu’un membre du couple n'ait pas désiré l'avortement, soit qu’il en ait aisément et rapidement fait le deuil. Blocages sexuels chez la femme ou l'homme, la relation sexuelle rappelant la mort. 

 

  • Maltraitance des enfants : aussi vis-à-vis de ses propres enfants, c’est vers eux que l’agressivité latente se décharge… "malgré moi, je n’arrive pas à aimer mes propres enfants !"

Cette première écoute peut déjà avoir un effet cathartique.

 

 

Impacts possibles pour d’autres personnes

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  • Il arrive que le père ressente lui aussi douloureusement les suites de l'avortement. Il pourra manifester : culpabilité, colère, indifférence, désengagement, voire dépression, etc. Rappelons que si sa responsabilité est engagée dans l'avortement, lui aussi a besoin de demander et recevoir le pardon sacramentel. 

 

  • Les enfants nés après un avortement ont souvent l'intuition du drame qui a précédé leur venue au monde. Ils se sentent chargés d'accomplir et de vivre les attentes que leurs parents nourrissaient pour l'enfant disparu physiquement mais tellement présent dans l'invisible. Il arrive que la mère garde, inconsciemment, une place secrète dans son coeur pour l'enfant perdu et qu'elle n'arrive pas à en faire le deuil. Ces secrets pèsent sur les enfants ultérieurs. Nous évoquerons dans un autre séminaire les difficultés auxquelles ils devront faire face et qu'on regroupe sous le nom de syndrome du survivant.

 

Elements de bibliographie

 

  • « Ne laisse pas les ténèbres te parler » - Laetitia de Calbiac - EdB 2015
  • « Une saison pour guérir... » - Luci Freed & Penny Yvonne Salazar - EdB 2006
  • « Les conséquences psychologiques de l’avortement » - Laetitia Pouliquen - Dossier de l’IEB -2011
  • « The Heard and the abyssal : preventing abortions. » - Word Biemans SJ - Connor Court Publishing Pty 2015
  • « Trauma d’un avortement ou d’une fausse couche » - Henri Lemay – Polycopié
  • « Vaincre les conséquences de l'avortement » - Bill & Sue Banks. - Soteria 2002
  • « Une femme blessée : le traumatisme de l'avortement. »  - Susan Stanford – Fayard
  • « Quel âge aurait-il aujourd'hui ? » - Dr Stéphane Clerget - Fayard
  • « Instruction ‘Donum vitae’ » - Jean-Paul II - 1987
  • « Encyclique ‘Evangelium vitae’ » - Jean-Paul II – 1995
  • « Une femme blessée : le traumatisme de l’avortement » - Susan M. Stanford – Le Sarment - Fayard 1998