Constitution & devenir de la blessure

 

Ce texte est un résumé de lectures, d’enseignements et d’expériences personnelles. Elles doivent beaucoup à diverses personnes et auteurs dont on trouvera une bibliographie en annexe.

Il s’agit de découvrir que Jésus est vivant.

Plan : 

1. Assimilation des événements

2. Le surmoi : gendarme intérieur et miroir intérieur

3. Le mécanisme de refoulement

4. Le mécanisme de répétition

5. Le mécanisme de réactivation

6. Le mécanisme de rassurement

7. Eléménts de bibliographie

 

1. Assimilation des événements

 

Le monde extérieur nous rejoint à travers nos cinq sens.

Ce que nous avons vu, entendu, perçu produit en nous une représentation (une image) et un affect (ou émotion, passion, sentiment). L’image et l’affect sont emmagasinés dans la mémoire sous forme d’un souvenir, habituellement heureux. Les souvenirs sont subjectifs, ils ne sont pas seulement produits par l’événement extérieur mais, davantage, par ce que nous en avons fait ou assimilé. Chacun de nous est « impressionné » de manière unique. Les souvenirs sont continûment retravaillés.

Les événements constituent des réalités plus ou moins assimilables ; lorsqu’elle est achevée, l’unité intérieure et la liberté intérieure sont préservées.  La capacité d’assimilation est variable d’une personne à l’autre selon :

() Son caractère (inné) : la sensibilité, etc.

() Son histoire personnelle (acquis) qui façonne la manière de ressentir, de voir, d’entendre, d’imaginer à partir de ce que chacun pense avoir vu ou entendu.

() Son âge : faible chez l’enfant qui est débordé par ses émotions (cf. supra « conscience d’amour ».)

() Sa liberté : par ex., le désir de pardonner (cf. supra)

 

1. Non assimilé, l'événement extérieur devient blessant

L’événement extérieur, même impressionnant, ne fait pas la blessure ; celle-ci résulte de la non-assimilation de l’événement par le psychisme. Ce qui est déterminant est la manière dont l’événement est vécu, la manière dont nous y réagissons ‘inconsciemment’. Un événement ‘grave’ peut être parfaitement assimilé, inversement un incident anodin peut porter à conséquence. L’événement blessant est celui qui bouleverse et menace l’équilibre intérieur parce qu’il n’est pas assimilable : indigeste, il reste sur l’estomac.

Pourquoi inassimilable ? La raison principale est à chercher du côté d’une instance de l’inconscient, le surmoi, qui interdit l’expression du sentiment éprouvé. Voilà exactement ce qu’est la blessure : le conflit intérieur qui oppose l’événement intériorisé au surmoi (= le gendarme intérieur) qui l’interdit. A l’affect bloqué s’ajoute une souffrance intérieure liée à divers sentiments (culpabilité, impuissance, colère, haine, révolte, etc.) : ensemble l’affect interdit et la souffrance surajoutée constituent une dette ou charge affective.

Le conflit intérieur (endo-psychique) monopolise l’attention et l’énergie, il occasionne une division intérieure.

 

2. Pas de victimisme !

La blessure est la manière dont nous avons réagi à un événement peu assimilable. Or, pour s’expliquer notre mal-être, nous incriminons les événements ou les personnes oubliant que nous sommes l’ingrédient principal de la constitution de la blessure. Pour le dire autrement, ce n’est pas la gravité objective de l’événement extérieur (traumatisme, offense, etc.) qui fait la blessure mais la manière dont nous y avons réagi.

A la limite, une blessure intérieure peut être la conséquence d’un événement anodin, voire imaginaire.

Inversement, un événement sérieux peut n’avoir laissé aucune trace car parfaitement assimilé, nous avons pu lui donner un sens et l’intégrer (résilience).

 

3. Il est normal que la vie soit ‘blessante’

Toute vie expose à des événements plus ou moins traumatisants : paroles mal interprétées, deuils, échecs, étapes de croissance, séparations, etc. Vouloir éviter à tous prix conflits et séparations n’est ni possible, ni souhaitable : l’enfant doit quitter la chaleur rassurante de la relation fusionnelle avec sa mère ; il doit traverser l'épreuve de l’éloignement progressif de sa mère pour découvrir qu’il n’en est pas pour autant moins aimé et ainsi grandir en autonomie.

Une maman fatiguée dit à son enfant : « Ne reste donc pas dans mes jambes, tu vois bien que je suis en train de travailler ! » et l'enfant entend : « Laisse-moi tranquille, je ne t'aime pas... tu es toujours de trop... tu me déranges ; je me sens mieux quand tu n'es pas là... » Et voilà l'enfant tout bouleversé, pour longtemps peut-être, alors que la maman ne disait pas cela.

A la limite, une blessure intérieure peut ne pas être liée à un événement objectif mais imaginé. Ceci est de nature à déculpabiliser des parents anxieux. Qu’ils veillent avant tout à aimer leur enfant en communiquant avec lui : l’inquiétude serait mauvaise conseillère, de même refuser d’exercer leur autorité serait tout aussi blessant pour leur enfant.

 

4. La conscience d’amour

Chez le tout-petit, avant la naissance puis durant les premières années, une carence d'amour blesse la conscience d'amour, cette conscience qui mesure la qualité de l’amour qui lui est porté. Chez le tout-petit, la conscience d’amour n'est pas tempérée par la conscience de raison (la compréhension) qui ne se développe que plus tard. 

Qu’est cette conscience d’amour ? Au moment de la conception, tout être humain fait l'expérience comblante de Dieu et de son amour. Il en reste marqué définitivement : c’est la conscience d'amour, que saint Augustin appelle « memoria Dei ». Cette mémoire spirituelle nous assure que Dieu est notre Père et qu’il nous aime inconditionnellement. Ce que nous vivons ultérieurement est évalué à l’aune de cette expérience originelle d'amour comblant. C'est comme si l’enfant avait un « thermomètre d'amour », seul instrument à sa disposition pour mesurer l’affection dont il est entouré. La conscience de la présence ou de l’absence d’amour à son égard, précède l’utilisation du langage.

Par conséquent, si, dans le sein maternel, ce qu’il ressent est agréable et comblant - « Maman se sent bien, elle m’aime, elle est heureuse, reposée, et ne ressent aucun manque important » -, l’enfant se sent aimé. Si ce qu’il sent est désagréable du fait d'un manque - « Maman est soucieuse, angoissée, fatiguée » -, il se sentira moins aimé, car le manque de repos, de sérénité ou de joie, peut être alors interprété comme un manque d'affection. Il s’en tiendra souvent responsable, fautif, coupable. Pourtant, la fatigue ou les soucis n'empêchent pas une maman d'aimer son tout-petit ! Quelque soit l’amour effectif que lui porte sa mère, le tout-petit décode erronément la fatigue maternelle et vit cela comme un manque d'affection. Que dire si la mère est ambivalente à son égard, et lui manque réellement d'affection ?

Voilà comment se constituent un terreau favorable à la germination ultérieure de blessures. Nous naissons fragilisés par cette première souffrance de la vie intra-utérine à moins qu’elles n’aient été atténuées par notre mère qui nous parlait intérieurement, nous rassurait sur l'amour qu'elle nous portait (haptonomie).

Ces expériences in utero, heureuses ou douloureuses, sont enregistrées sans qu’elles ne correspondent à une réalité objective. Ces réminiscences inconscientes sont actives, elles pourront se traduire plus tard par un mal-être indéfinissable, des peurs, des angoisses. Et notamment par un retentissement sur la manière d’accueillir la vie et d’entrer en relation avec Dieu. La souffrance in utero risque d’orienter certains comportements ultérieurs.

 

5. La blessure de séparation

Parce qu’il est dans une totale dépendance, l'enfant doit gérer à chaque charnière de sa croissance la crainte d’être abandonné. L’abandon est la blessure qui sommeille au cœur de toutes les blessures de l'adulte. Il est vécu comme un manque d'amour extrême. Aussi l'éloignement des parents, surtout de la maman, suscite une angoisse de mort - le mot n'est pas trop fort. Tant l'enfant abandonné se sent menacé dans son existence même. Cette angoisse se double souvent d’une culpabilité inconsciente : « si je manque d’amour, se dit l’enfant, cela doit être mérité, c’est une punition, j’ai dû fauter, je suis responsable donc coupable du mal qui m’est arrivé. »

 

6. La séparation à la lumière de la foi

Dans le livre de la Genèse, nous voyons que, pour créer, Dieu commence par séparer : séparer la lumière des ténèbres, les eaux de la terre... Lors de la création du genre humain « Homme et femme, II les créa », le Créateur prélève une côte d'Adam, de cette séparation naît Eve. Au commencement, l’acte de séparer permet de faire émerger la vie, et cela sans souffrance ! « Dieu vit que cela était bon. » La dépendance, la finitude d’Adam, sa nudité sans honte étaient bienheureuses.

La foi invite à voir dans la première rupture entre l'homme et son Créateur, l’origine d’une angoisse de séparation originelle dont nous continuons à souffrir. L'humanité en prenant l'initiative de rompre la relation d'amour avec Dieu, a contrecarré le plan de Dieu, et provoqué un bouleversement. Dès lors, sans Dieu, les étapes de croissance sont vécues dans la souffrance et l'angoisse : accoucher devient pénible ! 

Pour vivre exempt de souffrance, il aurait suffi à Adam d’accueillir la dépendance d'amour que Dieu lui offrait. Parce qu’il a douté de l’amour du Créateur et a opté pour la méfiance, il s’est retrouvé abandonné à lui-même. Découvrant sa fragilité, sa vulnérabilité et s’en sentant responsable et coupable, il a ressenti une angoisse d'abandon et une culpabilité dès l’origine (Adam se cache). Celles-ci, angoisse et culpabilité, bien qu’elles ne nous soient pas constitutives, sont devenues comme une seconde nature, elles font partie de la condition humaine. Personne n’échappe à cette inquiétude, dont nous pâtissons au long de notre existence.

Ainsi, l’amour semble premier chez l’être humain.

 

7. Quelques sources classiques de blessures chez l’enfant

Dans le sein maternel : enfant non-désiré, enfant de remplacement, enfant conçu hors mariage, père inconnu ou absent, décédé, infidèle, en captivité, agression dans le sein maternel, tentative d’avortement, naissance difficile, mère ambiguë quant à son désir de l’enfant, perte d’un jumeau, etc.

Blessures de l’enfance par les figures d’autorité maternelle et paternelle : autoritarisme, manque de tendresse, alcoolisme, abus sexuel, divorce, remariage, etc.

A partir de l’âge de raison, l’impact d’une blessure est limité par la compréhension et l’exercice de la liberté de l’enfant. Il est moins impuissant vis-à-vis de ce qui lui arrive, il peut décider d’aller ou non du côté de la vie, de pardonner ou pas, etc. Le refus de pardonner empêche l’assimilation de l’offense et favorise la pérennisation de la blessure. Le non pardon volontaire rend malade. Jésus, a contrario, qui a reçu des coups et vécu des trahisons, n’a jamais constitué de blessure. En ce sens, il n’a jamais été blessé.

 

Ce que nous retenons

La blessure est un conflit intérieur entre un affect et le surmoi qui l’interdit. Non assimilé, l’affect s’enkyste sous forme d’une charge affective qui divise et fragilise la liberté intérieure.

Ce n’est pas parce qu’il y a un événement supposé ‘blessant’ qu’il y a nécessairement blessure. On ne peut l’inférer. L’impact d’un événement dépend avant tout de la capacité d’assimilation de la personne. Il serait préjudiciable de conclure à l’existence de tel type de traumatisme au vu de tel événement. Inversement si, une personne pointe un incident mineur à la source de sa souffrance, il n’y a pas lieu de rejeter son témoignage. Ce qui compte est la manière dont la personne a réagi et ressenti l’événement.

La vie ordinaire apporte des événements potentiellement ‘blessants’ : les éviter empêcherait de grandir. Les parents ne doivent pas indûment se culpabiliser : l’éducation oblige de vivre certaines frustrations et renoncements. Le plus blessant pour l’enfant pourrait résider dans leur inquiétude et leur renoncement à faire grandir.

Dans la constitution de la blessure, nous incriminons l’autre ou les événements oubliant habituellement notre propre participation. Habituellement, ce qui blesse le plus sont les défenses que nous avons mises en place. Refuser cette responsabilité empêche le chemin de guérison qui consiste à réviser nos défenses devenues encombrantes.

 

 
 

Plan : 

1. Assimilation des événements

2. Le surmoi : gendarme intérieur et miroir intérieur

3. Le mécanisme de refoulement

4. Le mécanisme de répétition

5. Le mécanisme de réactivation

6. Le mécanisme de rassurement

7. Eléménts de bibliographie

 

2. Le surmoi : gendarme intérieur et miroir intérieur

Le Surmoi est constitué de deux instances intérieures qui nous façonnent dans nos premières années :

  • Le gendarme intérieur ;
  • Le miroir intérieur (idéal du moi)

 

1. Le gendarme intérieur

 

Comme tout gendarme qui se respecte, le gendarme intérieur est coercitif, il intime des ordres :

  • Négatifs : « Tu ne peux pas » : des interdits ou tabous
  • Positifs : « Tu dois … » : des injonction

Les injonctions et les interdits prescrivent d'agir dans un sens et pas dans un autre : ils nous ferment des possibles. Toute désobéissance est sanctionnée par une (fausse)-culpabilité exigeant réparation. Ce sentiment de culpabilité est mensonger, il n’est pas suscité par la conscience morale avertissant de la réalité d’une faute.

Intériorisés et venus des parents idéalisés, les injonctions et les interdits du gendarme intérieur sont surinvestis. Quelque soit l’attitude de l’enfant face aux exigences des parents - soumission, révolte, indifférence - il assimile peu ou prou ces éléments. C’est ainsi que l’expression de certaines émotions sont permises, tandis que d’autres sont interdites (colère, tristesse, etc.). Un autre exemple de son influence : les non-dits familiaux, perçus comme autant d’interdits, sédimentent dans l’inconscient sous forme de ‘secrets de famille’

 

Détecter le gendarme intérieur

Le surmoi se laisse percevoir à travers la manière stéréotypée, rigide, répétitive de communiquer verbalement et non-verbalement : « je dois… », « J’aurais dû … », « Il faut … », « Je devrais avoir honte de... », « J'aurais dû... », « Comment ai-je pu faire une chose pareille ?», « J'ai bien peur que... ». La petite voix intérieure susurre des injonctions :

() Positives : « sois parfait », « sois fort », « dépêche-toi », « fais plaisir », « fais des efforts. »

() Négatives : « n'existe pas », « ne sois pas toi-même », « ne sois pas un enfant », « ne grandis pas », « ne réussis pas », « ne fais pas », « n'aie pas de valeur », « n'aie pas d'attaches », « ne sois pas intime », « ne te porte pas bien » ou « ne sois pas sain d'esprit ».

() Ou encore : « ne pense pas », « ne pense pas à quelque chose », « ne sens pas », « ne ressens pas ce que tu sens. » 

Cette voix n'exprime jamais un appel à la liberté, à la joie spontanée, etc., elle n’est pas celle de la conscience avec laquelle elle est souvent confondue. Elle énonce des obligations coercitives, des craintes, source de regrets culpabilisés.

 

Des interdits structurants

Ces éléments intériorisés sont utiles dans la mesure où ils suppléent transitoirement l’absence de conscience morale et fournissent un cadre structurant pour l’enfant, et ce d’autant plus qu’ils sont reçus et assimilés dans l’amour. Ce n’est que dans la mesure où le gendarme intérieur persiste ou prédomine dans la vie après l’âge de raison que ses inconvénients se font sentir. Il empêche alors d’agir librement et paralyse jusqu’à faire échouer, menacer, culpabiliser, rendre honteux ou effrayer. Il étouffe la vie profonde et ses désirs authentiques. Les scrupules sont caractéristiques d’un surmoi resté tyrannique jusqu’à l’âge adulte.

Le surmoi est bien une instance infra-morale puisqu’il contraint en quelque sorte l’enfant à agir pour obtenir une récompense ou du moins pour ne pas perdre l’estime de ses parents ou pour éviter un châtiment.

 

2. L'idéal du moi

 

Le surmoi tient lieu de morale (permis/défendu) avant la constitution de la conscience morale. Il fournit aussi un miroir intérieur dans lequel la personne se découvre et croit deviner son reflet - son identité véritable - alors qu’il ne s’agit jamais que d’une intériorisation du regard d’autrui et de celui de la société. Ce miroir promeut ce à quoi nous pensons devoir correspondre, le modèle de soi auquel se conformer. En tant qu’idéal du moi, il fournit des modèles de :

  • Vertu : modèle de perfection toute extérieure de notre enfance, des règles de bienséance, des figures de héros et de sainteté, etc. ;
  • Vice : modèle de ce qui est à éviter, des règles de malséance ;
  • Ethos : culture ambiante, manières de faire et penser de notre milieu. Nous adhérons alors à un christianisme des valeurs, un christianisme sociologique.

Comme pour la méchante reine dans l’histoire de Blanche Neige, le miroir ment sur notre identité réelle : « Miroir, miroir magique, dis-moi qui est la plus belle ? » Et le miroir répondait : « Ô reine, tu es la plus belle en ce royaume. »

L’idéal du moi est, comme le « vieil homme » selon saint Paul, plus proche de l’idole devant laquelle nous nous inclinons que de « l’image de Dieu » que nous sommes appelés à devenir. En cela, il est une des sources de notre identité illusoire (‘notre Moi’).

Les attentes (ordres, commandements intérieurs, etc.) ont pu sédimenter en nous, ils proviennent :

  • Des attentes parentales conscientes ou inconscientes : valeurs familiales promues ou rejetées - valeurs socialement promues - modèle de perfection et de réussite. L’attitude des parents interdit et autorise ce que l’enfant a le droit d’être. Le regard de l’autre risque de devenir l’unique source d’approbation recherchée pour exister. Dans toute rencontre interpersonnelle, le sujet cherche à retrouver sa propre image se voulant aimable et aimé dans le regard de l’autre.
  • Du choix de l’enfant de telle ou telle attitude, image de soi dont il reçoit gratification et estime nécessaire pour grandir.

Si le gendarme intérieur est coercitif (on n’est pas libre de lui obéir ou pas) et culpabilisant, on peut dire de l’idéal du moi (miroir intérieur) qu’il est contraignant et valorisant. Cette petite voix intérieure, qui n'est pas encore celle de la conscience libre, est positive et gratifiante : elle répète l'attente parentale et permet, en théorie, à l'enfant d'en recevoir de l'affection. Il se conforme à ce qui rend fier ses parents, il se sent valoriser à leurs yeux. Il demeure que cet idéal est aussi contraint, donc potentiellement blessant, que le gendarme. Y toucher est ressenti comme une menace pour l’unité intérieure. La personne ne supporte pas la moindre remarque négative concernant l'objet de son idéal.

Le « moi idéal » vers lequel nous tendons inconsciemment donne l’illusion de pouvoir devenir celui que l’on n’est pas et permet de refuser de devenir celui que l’on pourrait devenir. Il est poursuivi pour secrètement mériter l’approbation et l’amour. Il peut se muer en un idéal prestigieux qui dissimule des blessures trop douloureuses auxquelles on ne peut consentir. Son inconvénient est de couper des désirs profonds, réels et des appels concrets de notre vocation d’enfant de Dieu. Trop élevé et donc inatteignable, il génère la mésestime-de-soi faute de pouvoir y atteindre.

Le surmoi explique en grande partie la transmission des blessures transgénérationnelles.

 

Pour notre démarche, nous retenons

 

Le Surmoi est une béquille transitoire pour pallier le manque d’autonomie de la raison encore incapable de déterminer pour soi et par soi le bien et le mal. Les figures parentales disent les valeurs, ce qui va aider à vivre et à ne plus être livré au chaos des images et à l’anarchie des affects.

S’il est utile comme garde-fou chez l’enfant en chemin vers son autonomie, le surmoi se révèle tyrannique lorsqu’il persiste au-delà de l’âge de raison et usurpe la place de la conscience morale. Il est le grand pourvoyeur des fausses-images de soi, des autres et de Dieu qui peuplent notre inconscient et notre système de croyances. Il nous façonne malgré nous. Le Dieu imaginé en ce cas l’est « à notre image et ressemblance », c’est-à-dire à l’image du surmoi lui-même : exigeant, culpabilisant, tyrannique et répressif puisqu’il invite à nier de vrais désirs et peut nous engager sur la voie de faux renoncements, voire de comportements expiatoires.

 

 

 

 

 

 

 
 

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1. Assimilation des événements

2. Le surmoi : gendarme intérieur et miroir intérieur

3. Le mécanisme de refoulement

4. Le mécanisme de répétition

5. Le mécanisme de réactivation

6. Le mécanisme de rassurement

7. Eléménts de bibliographie

 

3. Le mécanisme de refoulement

 

Nos souvenirs, heureux ou malheureux, sont conservés. En général, ils sont emmagasinés peu profondément dans cette partie de l’inconscient qu’on nomme le subconscient : ils restent ainsi accessibles. Même s'ils sont apparemment oubliés, ils peuvent être rappelés à la conscience où ils remontent par bribes et par morceaux. Notre mémoire est peuplée par la sédimentation de nos souvenirs. Notre identité repose sur elle ; celui qui perd la mémoire ne sait plus qui il est. Qu'elle soit réelle ou fictive, la mémoire permet d'exister ; elle nous place dans le temps et dans l'espace, nous situe dans le monde, dans une famille, une communauté, une société.

Nous n'avons généralement pas de souvenir conscient de ce qui a pu nous affecter avant l'âge de trois-quatre ans environ, pourtant les événements de cette époque sont imprimés dans notre mémoire inconsciente : mémoire corporelle, sensorielle, mémoire tenace, active et agissante. Le pouvoir d'action de ces souvenirs inconscients est souvent déterminant sur notre santé physique, psychique et spirituelle, et peut expliquer certaines perturbations de nos comportements quotidiens.

Nos souvenirs ne sont pas neutres, nous l’avons vu, ils sont liés à des affects heureux ou malheureux. Aussi arrive-t-il que nous trafiquions notre histoire, même inconsciemment, refoulant plus profondément tel ou tel événement dont le souvenir malheureux semble menacer notre unité intérieure. L’oubliette de notre psychisme où nous enfouissons ce qui blesse est l’inconscient. Même si nous oublions, l'inconscient, lui, n'oublie rien. Ce que nous ne savons pas, ce qui ne monte plus à la conscience, l’inconscient le sait. Il range et emmagasine tout. Cette capacité d'enfouir nos souvenirs douloureux dans l'inconscient s'exerce sans que nous ayons à le décider. Il s'agit d'une tentative de protection contre l'angoisse ou la peur générée par les souvenirs douloureux.

Notre mémoire est ainsi constituée d'événements que nous connaissons et dont nous parlons volontiers, mais aussi d'autres cachés, dont nous ne nous souvenons plus mais dont nous pouvons percevoir les effets dans nos manières de penser ou d'agir. Nous ne sommes pas toujours clairvoyants sur nous-mêmes, en partie dépossédés de notre propre histoire. Notre mémoire est un iceberg dont la partie immergée contient des souvenirs dans le subconscient, des souvenirs blessés dans l'inconscient, et des souvenirs ancestraux dans le surmoi.

 

Deux inconscients

Nous voulons évoquer ici une autre mémoire, la mémoire spirituelle, évoquée plus tôt, qui conserve le souvenir d’une expérience forte de Dieu, de Vie et d'Amour. Pour le tout-petit ces souvenirs originels s’inscrivent dans une conscience d’amour. Précédant l’inconscient psychique, il y a en tout homme un inconscient spirituel chargé de rappeler que nous sommes, plus originellement que nos blessures et nos péchés, enfants de Dieu : désirés par son amour, créés dans une bonté originelle. 

L'homme est corps, âme et esprit (ou cœur) : le cœur est la capacité de s’ouvrir et d’accueillir l’Esprit de Dieu. Pour schématiser, disons qu'entre le « corps et l'âme » se trouve l'inconscient dans lequel sédimentent nos blessures. A côté de cet inconscient, il y a un inconscient ‘situé’ entre « l'âme et le cœur » où se jouent certaines réalités spirituelles. Distinguer l’âme et le cœur - l’inconscient psychique de l’inconscient spirituel - évite de réduire la vie spirituelle à la vie psychique.

 

 

 

 

 
 

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6. Le mécanisme de rassurement

7. Eléménts de bibliographie

 

4. Le mécanisme de répétition

 

Il n’est pas possible de vivre avec toute notre histoire présente à l'esprit. L'inconscient et le subconscient contiennent nos mémoires : dans le subconscient des souvenirs inactifs car intégrés. Plus profondément, des souvenirs refoulés pour qu'ils ne nous divisent pas. Ces souvenirs douloureux que nous nous évertuons de cacher vont s'exprimer quand même dans notre existence, mais de manière détournée. Comme le couvercle de la casserole qui laisse s’échapper l’excès de vapeur du côté où on ne l’attend pas !

L’événement traumatisant peut être vécu à nouveau dans la conscience de manière camouflée, atténuée, partielle (lapsus, actes manqués, etc.), etc. C’est ainsi qu’à la faveur du sommeil, des souvenirs remontent du subconscient afin que, rejoués, leur charge affective s’exténue. Les souvenirs heureux tissent la trame des rêves ; les malheureux affleurent dans les cauchemars. Bien qu’involontaires, nous prenons conscience qu’une répétition est à l’œuvre qui peut aller jusqu’à la compulsion : acte habituel, involontaire, incontrôlable.                                

La personne blessée revit les mêmes sentiments ou reproduit des situations d’échecs, elle ressasse ou rumine soit parce qu’elle tente d’assimiler l’événement, soit parce qu’elle en retire un bénéfice secondaire. Voici un exemple de réactivation :

Une femme, disons Margaret, était déprimée depuis des années. Sa mère s'était montrée très autoritaire avec elle durant sa jeunesse, l’enfant qu’elle était avait refoulé le désir de vengeance. Quand elle a commencé à travailler, après la mort de son père, elle a pris sa mère chez elle. Dès ce moment, elle n'a plus veillé à fournir à sa mère ce dont elle pouvait avoir besoin. Quand celle-ci lui demandait des chaussures ou autre chose, elle répondait qu'elle n'avait pas d'argent : son désir de vengeance refoulé s’exprimant à bas bruits.

 

 

 
 

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7. Eléménts de bibliographie

 

5. Le mécanisle de réactivation

L’inconscient n’est pas une poubelle, les souvenirs ne sont pas neutres mais actifs. Les souvenirs enfouis continuent d’influencer nos manières d’être et d’agir. Ils nous conditionnent et façonnent notre histoire. Certains sont comme une mine antipersonnelle prête à éclater si on la touche. De même, le mécanisme de réactivation fait resurgir la charge affective, jusque-là soigneusement refoulée, dans la conscience. 

La réactivation interfère dans nos relations quotidiennes :

() Dans le couple, les difficultés relationnelles sont attribuées au conjoint qui en réalité n’est que le révélateur d’un conflit ancien non résolu avec les parents. Ce conflit se trouve réactivé à la faveur de la vie commune.

() Dans l’écoute pastorale, une charge affective peut subitement resurgir de l’inconscient et être déchargée sur l’accompagnant. Un ancien sentiment refoulé est projeté sur ce « passant innocent » : c’est le mécanisme du transfert.

Un exemple célèbre de réactivation est l’histoire de la madeleine de Proust. Le gâteau, trempé dans une tasse de thé, réactive un souvenir oublié qui fait revivre une scène d’enfance heureuse.

Chez Proust, l’événement est heureux, pourtant le processus est semblable pour un souvenir blessé. Un événement actuel ravive la blessure ancienne. Nous attribuons à telle personne, tel incident, tel événement actuels la responsabilité de la tempête intérieure qui sévit en nous. Alors qu’ils n’en sont que fortuitement les déclencheurs. La source cachée réside dans la blessure : l’affect interdit par le surmoi. Le surmoi réactive les interdits, les injonctions et l'idéal du moi du passé.

 

Réactivation de l'angoisse d'abandon

« Avoir été abandonné » est une blessure qui s’inscrit profondément dans le psychisme.

En voici un exemple :

Un petit enfant sort en ville avec sa maman. À un moment donné, il reste en arrêt devant une vitrine tandis que sa maman entre dans le magasin pour acheter quelque chose, sans qu'il la voie. L'enfant court plus loin sur le trottoir croyant la rattraper, et voilà qu'il se trompe de maman... il est perdu au milieu de cette foule !

Il est des séparations inévitables qui sont parfois mal vécues :

() La naissance : séparation physique de la maman.

() La séparation psychologique de la maman au fil des premiers mois. Sans cette séparation, l’enfant n’accéderait pas à son identité, à son autonome, ni ne découvrirait que sa mère est autre et le prototype de toute altérité. 

() La découverte de la différence avec le parent de l’autre sexe : « je suis du même sexe que papa, dira le garçon, mais papa est papa et moi, je suis moi. Non appelé à épouser maman, mais à plus tard trouver une partenaire autre. » Et inversement, pour la fille.

S’il vit mal ces séparations fondatrices, le jeune enfant ressent un manque d’amour, un abandon et une menace pour sa vie. Là s'enracinent beaucoup de blessures : l’angoisse d’abandon risque d’être ravivée chaque fois qu’une situation de rejet, d’exclusion, de trahison, de perte de points de repère, de deuil se représentera. L'origine lointaine de l’angoisse réside dans une blessure d'abandon qui a rendu vulnérable à toute séparation ultérieure.

 

 

 

 

 
 

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6. Le mécanisme de rassurement

7. Eléménts de bibliographie

 

6. Le mécanisme de rassurement

 

Bien souvent nous ne comprenons pas pourquoi nous réagissons systématiquement de manière indésirable à des circonstances semblables, ni pourquoi nous ne parvenons pas à réagir autrement. En fait, comme nous ne sommes pas faits pour la souffrance, l’inconscient met en place des défenses pour nous éviter de souffrir en cas de récidive d’événement blessant. Nous sommes conditionnés par ces défenses qui se sont mises anciennement en place.

Il suffit que nous nous soyons entendu dire un jour : « Tu n'es qu'un imbécile, tu ne feras jamais rien de ta vie ! » et voilà que nous allons toute notre vie nous traîner d'échec en échec, sans pouvoir en sortir, comme conditionnés, influencés sans comprendre pourquoi.

 

Conditionnement des actes par la recherche de rassurement affectif

 

Comment les blessures conditionnent-elles certains comportements ?

Parce qu’elle menace l'unité intérieure, la blessure est enfouie dans l'inconscient : elle y reste active. Notamment en tentant d’orienter nos comportements vers la recherche de compensations, de rassurements affectifs.   

Selon une métaphore classique, une action est normalement comme un char tiré par deux chevaux : la raison et la volonté.

() La raison cherche la vérité. Les vérités qu’elle met à jour deviennent les motifs de nos actions car nous pressentons qu’agir selon ses vérités mène à ce qui est bon, au bien.

() La volonté opte naturellement pour le bien. Sa part est de fournir l’énergie qui vient du désir du bien entrevu, c’est-à-dire une motivation pour agir.

Dans ce cas de figure, l’acte est choisi librement et ils nous construisent. Si nous sommes père de nos actes , eux en retour nous construisent : nous sommes fils de nos actes.  

Sans vraiment se l’avouer, la personne blessée a besoin d’être rassurée affectivement. Cette motivation inaperçue - le désir d’être rassurée - infléchit ses actes et les détourne en faveur du rassurement. Il s’en faut donc de beaucoup que tous ses actes soient transparents à la vérité et au bien. La blessure roule pour son propre compte : en nous, un enfant blessé revendique encore d’être rassuré. Il réclame l’affection qui a manqué. C’est ainsi que la blessure réduit la capacité d’accomplir librement le bien véritable. Saint Paul l’observe chez lui : « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. » (Rm 7).

Suite de l’histoire de Margaret qui était déprimée depuis des années. Sa mère s'était montrée très autoritaire avec elle durant sa jeunesse. Quand elle a commencé à travailler, après la mort de son père, elle a pris sa mère chez elle. Dès ce moment, elle n'a plus rien acheté pour sa mère. Quand celle-ci lui demandait des chaussures ou autre chose, elle répondait qu'elle n'avait pas d'argent (vengeance inconsciente). Lorsque la mère mourut, sa fille se mit à acheter toutes sortes de choses qu'elle entassait dans ses armoires sans jamais les utiliser. Elle voulait ainsi se punir de ce qu'elle n'avait pas fait pour sa mère. Il lui a fallu du temps pour prendre conscience que sa culpabilité, dont l'origine était le désir de vengeance éprouvé et partiellement assouvi vis-à-vis de sa mère, dictait son comportement.

Selon une autre métaphore, nos actes ressemblent à un iceberg : la surface est consciente, mais la profondeur est inconsciente. Un acte est conditionné - on peut dire surdéterminé - lorsqu’il est porté par deux motivations : une première est consciente, une seconde ne l'est pas.

Pour arriver à ses fins, la blessure travaille l’intelligence et la volonté. C’est avec difficultés que la personne blessée perçoit ce qui est vrai et accomplit ce qui est bien.

() Au plan de l’intelligence, la personne ignore qu'elle est blessée, elle se cache à elle-même sa blessure, elle se ferme à la vérité sur son état. La raison camouffle, en toute bonne foi, la motivation blessée sous un faux-motif acceptable, une justification en somme. 

() Au plan de la volonté, la personne se ferme au bien qui réside dans l’ouverture à l’autre et la recherche de la communion. La personne se ferme car elle éprouve un tel besoin d'être consolée et rassurée qu’elle courbe vers elle-même son désir du bien. La première raison du rassurement affectif est le manque de confiance en soi. Or, celui qui n'a pas confiance en ses capacités n'a qu'une solution : la trouver dans le regard de l'autre, autrement dit se rassurer. La motivation blessée est égocentrée, elle recherche des palliatifs, des compensations. Le rassure­ment affectif est bien la recherche inconsciente, et donc moralement neutre, d’une compensation affective.

 

Conditionnement par l'angoisse d'abandon

 

Reprenons l'exemple d’une séparation mal vécue. C'est le propre de l'enfant que d'agir porté par le rassurement. L'enfant comme l'adulte fait rimer affectivité et sécurité. Il ne pourra mûrir que s'il peut lire dans le regard de ses parents, entendre de leur bouche et sentir dans leur baiser : « Tu peux y arriver. » Les personnes qui ont manqué de cette confiance la recherche en tentant d’assouvir leur besoin d’être chéries, appréciées, reconnues. Elles sont parfois habitées par une angoisse d'abandon tellement incontrôlable qu'elles ne peuvent s'empêcher de quémander l'affection d’autrui. Le besoin de rassurement est donc une réactivation d'un manque d'amour dans la petite enfance. Ces personnes sont mûres pour la dépendance affective.

Après un séjour en couveuse, certains enfants vont réagir à la séparation d'avec leur mère en s'accrochant à elle par tous les moyens, pour ne pas risquer de la perdre à nouveau. C'est ce souvenir, présent dans l'inconscient et profondément inscrit, éventuellement renforcé par d'autres séparations ultérieures, même courtes et anodines, qui va provoquer le refus des séparations suivantes. Les enfants qui en ont été victimes ne connaissent pas l'origine de leur incapacité à se séparer et ne peuvent gérer l'angoisse qui les saisit au plus profond d'eux-mêmes. Si rien n'est fait pour les aider à accepter les séparations, ils resteront dépendants, sans autonomie, et immatures ; il leur sera difficile de rentrer dans une relation adulte dépouillée de l'égocentrisme propre à l'enfance.

La souffrance d’un abandon suscite la crainte de perdre à nouveau l'affection des parents : le petit enfant tente de regagner l'affection de ses parents. Pour être rassurer, il risque de développer deux comportements :

() Nier ses propres désirs : l'enfant ne se donne pas le droit d'exprimer ce qui l'habite : telle sensation ou émotion, telle pensée, tel désir profond. C’est un mauvais renoncement.

() Répondre à l'attente : il se conforme aux attentes des parents. Enfant soumis extérieurement, il couve une colère intérieurement.

L’enfant peut aller jusqu’à développer des comportements habituels de dépendance et de relation fusionnelle (amour captatif) qui l’empêcheront d’être libre de devenir qui il est en vérité. La jalousie avant d’être un péché est, en sa racine, une blessure c’est-à-dire un besoin inconscient de rassurement affectif, sur le mode agressif de la captation.

Nous découvrons ainsi comment les blessures (mal subi) font le lit du péché (mal consenti).

 

Scénario

 

Lorsqu’un conditionnement devient habituel, il forge une seconde nature, il met en place un scénario. Plus une personne s'est sentie abandonnée, rejetée, plus elle a manqué des confirmations qui lui auraient permis de reconnaître sa propre valeur, plus elle aura besoin d'être rassurée dans le présent. À la limite, elle est habitée par un besoin permanent de rassurement. Malheureusement, ce n'est pas l'homme qui dirige le scénario, c'est le scénario qui le dirige.

Pour trouver le rassurement dont il a besoin, l’enfant s’est conformé à l’attente, même informulée, de ses parents. Certes, il pourra de la sorte développer des capacités nouvelles mais au prix d’une négation de certains de ses propres désirs et de certains possibles. La dépendance affective a tendance à refermer sur soi et à réduire la capacité de se donner et de s’ouvrir à l’autre.

Quelques exemples classiques de scenario :

() Le sauveteur (S) veut donner, faire le bien de l'autre, mais sans son avis.

() La victime (V) veut recevoir, donc que l'autre lui fasse du bien sans son avis.

() Le persécuteur (P) agresse l'autre parce qu'il ne reçoit pas ou ne donne pas le bien qu'il veut donner ou recevoir.

Tel un Saint-Bernard, le sauveteur cherche constamment à porter secours aux autres, mais sans demande de leur part et avec un désir implicite, jamais avoué, de retour. Inversement, la victime fait constamment appel à la sollicitude de l'autre qu'elle transforme de ce fait en sauveteur. La victimisation est un moyen d’oppression. La victime se vit toujours comme coupable et se complaît dans l'échec. Sauveteur et victime sont les deux protagonistes d'une fausse relation de don (donner-recevoir).

 

La jalousie de 'enfant s'enracine dans le sentiment d'abandon originel

 

Le besoin de rassurement affectif peut prendre la forme extrême d’une jalousie née de la réactivation du désir de fusion avec son origine. La jalousie n'est donc pas innée : elle réactive l'amour captatif de l'enfant pour sa mère. Fondamentalement, l’enfant jaloux refuse l'autre. Or, le monde originel est un monde sans autre ; et tout le travail de l'éducation est d'apprendre à l'enfant à sortir de la fusion. La première différenciation, matricielle de toutes les autres, est la mise à distance de notre origine, parentale et plus encore maternelle. Donc, toute séparation inaccomplie avec l'origine dispose à la jalousie vis-à-vis des autres.

Le drame de l'enfant abandonnique se perpétue dans la vie adulte. Celui-ci vivra inconsciemment tout départ, tout détachement, tout changement (par exemple les déménagements, etc.) comme une nouvelle rupture, un deuil parfois insupportable (réactivation). À chaque fois qu'une blessure importante remonte du passé, la captation jalouse, bien plus fréquente qu'on l'imagine, se trouve réactivée. Comme le petit enfant, la personne jalouse veut être non seulement l'unique aimée, mais l'unique cause du bonheur de l'autre : elle doit être au centre de l'amour reçu et de l'amour donné. Les nouvelles jalousies répètent cette jalousie originelle. Or, cette expérience première est celle de l'abandon et du rejet : le manque de la consolation maternelle semble irréparable. Elle est donc par excellence le retour de l'angoisse de séparation avec les parents. Avant d'être volontaire, elle signale la réactivation du syndrome d'abandon originel.

A ce stade la jalousie est une blessure et pas encore un péché. Ce que la personne a d'abord subi, elle s'en fait complice en le justifiant et en l'entretenant : la faute commence là où il y a participation de la volonté. Du fait de nos blessures, nous souffrons et, du coup, nous réagissons en blessant à notre tour le prochain ou nous-mêmes. Ce point illustre comment nos comportements ‘tordus’, nos actes surdéterminés et nos scénarii sont un maillon entre mal subi, involontaire, et le péché, mal consenti et volontaire. L’implication saute aux yeux au plan pastoral : pour aider un pénitent, le sacrement de pardon est source de réconciliation. Mais comment éviter les récidives, d’actes de jalousie par exemple, sans permettre à Dieu de visiter la blessure source et d’en éteindre le feu ? Car la jalousie ne s'enracine pas dans le seul présent, mais dans la relation à l'origine. Le pardon sacramentel du mal consenti appelle un chemin de guérison du mal subi qui en est le terreau. En nous, blessure et péché font obstacle à l’amour de Dieu pour nous.

 

 

 

 

 
 

Eléments de Bibliographie

« Guérir … pour une vie nouvelle »                                        Jean Boulanger - Ed. Saint-Paul

« La maison d’Abba »                                                            dirigé par le Père Joseph-Michel osb - MédiasPaul

« Sauver ce qui était perdu : la guérison intérieure »           N. Astelli Hidalgo et A. Smets - Ed. Saint-Paul

« Maman, ne me quitte pas ! Accompagner l’enfant dans les séparations de la vie. » B. Lemoine - Ed. Saint-Paul

« Mieux se connaître pour mieux s’aimer »                          P. Ide - Ed. Fayard

« La grâce peut davantage. »                                                Dom A . Louf - Desclée De Brouwer

« Connaître ses blessures »                                                   P. Ide - Ed. de l’Emmanuel

« Veux-tu guérir ? »                                                               Frère Rémi - Cerf

« Le Tout-Petit »                                                                    Luc Lannoye - Fidélité

« Aimer en vérité »                                                                Mario Bergner – Raphaël

« S’épanouir malgré les blessures »                                      Alain Ransay – St Paul