Syndrome des faux souvenirs

 

La mémoire ne se contente pas de stocker les souvenirs et de les restituer tels quels, mais elle les construit, puis les transforme, dans trois directions : la simplification (de nombreux détails disparaissent), l'accentuation (les détails les plus importants pour le sujet sont majorés), et la cohérence, c'est-à-dire la tendance du sujet à donner un sens à ses souvenirs.

Un faux souvenir, selon le rapport MIVILUDES 2007 [1], « est une expérience déformée par la mémoire du sujet qui l’a vécu, ou encore un souvenir imaginaire résultant d’un fantasme qui a remplacé inconsciemment un fait dans la mémoire. Le faux souvenir induit résulte de techniques d’autosuggestion ou d’une influence indue qu’exercent certains thérapeutes. » Il y a inscription dans la mémoire d’un événement qui n’a jamais été expérimenté. 

On peut trouver, par exemple, des souvenirs de maltraitance, de vie antérieure, d’abus sexuel (viols, inceste, etc.) mettant faussement en cause un proche (père, frère, oncle) ou un familier (figures d’autorité, prêtre, enseignant, nurse, etc.). Les récits d'enlèvements par les extraterrestres, les témoignages de réincarnations ou d'abus lors de rituels sataniques, sont parfois associés à ce syndrome dans le cas de dérives sectaires.

Il arrive que le souvenir se déploie en une production imaginaire sous la forme d’un récit élaboré. Le récit vient compenser un trou de mémoire, il supplée la perte d’un souvenir. On parle alors de confabulation. Dans ce cas, le sujet est de bonne foi, il croit lui-même à son récit imaginaire, à l’inverse de la mythomanie dans laquelle le sujet invente et s’invente sciemment un passé.

Les souvenirs d'abus sexuels subis dans l'enfance ne sont évidemment pas tous de faux souvenirs. Car, si le sujet est capable de se remémorer une expérience qui n'a en réalité jamais existé, il est aussi capable de refouler de sa mémoire des événements traumatiques ayant réellement existés : on parle alors d'amnésie psychogène.

Rappelons que la mémoire n’est qu’imparfaitement opérationnelle avant l’âge de 2 ans : c'est l'amnésie infantile.

Historique

  • Certaines psychothérapies[2] prétendent faire ressurgir à la mémoire des patients des « souvenirs oubliés » de traumatismes infantiles refoulés, généralement d'ordre sexuel. Dans certains cas, la façon dont la thérapie est conduite génère de faux souvenirs qui semblent pourtant très réels à la personne concernée. Le thérapeute peut induire, de bonne foi, un faux souvenir : « faux souvenir induit ».

  • L'hypnothérapie peut être source de faux souvenirs. De même, lors de démarches occultes de divination (devins, cartomancie, etc.) de kinésiologie, etc.

  • En justice : des témoins, sans mauvaise intention, ne rapportent pas la réalité des faits : reconnaissance d’un innocent à la place

  • de l'agresseur, etc. Les témoignages, voire des aveux, peuvent être manipulés, même si la personne s’en est persuadée et passe avec succès le test du détecteur de mensonges.

Mécanisme général

  • Le faux souvenir peut apparaître lors de la réception de l'information qui a été d’emblée mal interprétée. Par exemple, lors de l'apprentissage de la phrase « le président s'est plaint de la quantité d'alcool servie pendant la fête », nous interprétons que la quantité n'était pas suffisante et que c'est sûrement pour ça qu'elle s'est plainte. En conséquence, nous nous rappellerons que le président s'est plaint de ne pas avoir eu assez d'alcool pendant la fête, alors que la quantité n'a jamais été précisée.

  • Le processus d'encodage peut être ensuite à l'origine de faux souvenirs. Effectivement, si l'événement a été mal encodé, nous aurons beaucoup de peine à nous le remémorer en entier et, de fait, nous pourrions compléter inconsciemment les morceaux qui manque par des informations plausibles mais fausses, et par exemple suggérées (confabulation).

    Les faux souvenirs induits peuvent occasionner des dégâts dans les familles : rejet de la famille, des parents, procès pour viol, divorces, etc. Ces pratiques sont fréquentes dans les dérives sectaires.

Souvenir-écran

Un souvenir-écran est, en psychanalyse, un souvenir, auquel le patient ne prête pas attention mais qui, au sein de l'économie psychique, cache et masque un souvenir refoulé.

Bonne pratique dans le ministère de guérison intérieure

  • Prudence : être conscient de la réalité et du risque d’induire un faux souvenir.

  • Si la personne vient spontanément avec un souvenir qui donne à penser qu’il provient d’une autosuggestion, il reste possible d’accueillir la personne dans sa souffrance. Que le souvenir soit objectif ou imaginaire, elle en souffre et a besoin de s’en dégager. Veiller alors à rester neutre sans abonder dans le sens du souvenir, sans mettre en cause un offenseur potentiel, ni suggérer de dénoncer, d’accuser, de poursuivre en justice, ni de couper de la famille, etc. Aux Etats-Unis, pour la première fois en 1994, un homme accusé par sa fille a été autorisé à porter plainte contre les thérapeutes de celle-ci. L’ennemi divise, ne l’oublions pas, mais le Christ unifie.

  • Le chemin du pardon in petto reste une clé de la guérison.


[1] Les rapports 2006 & 2007 de la MIVILUDES – France -  évoquent cette question. Consultable sur Internet.

[1] Les thérapies concernées sont par exemple appelées :

  • TMR, thérapies de la mémoire refoulée ou retrouvée,
  • La communication facilitée, ou psychophanie,
  • TSR, thérapies des souvenirs refoulés,
  • RMT, Repressed Memory Therapy,
  • ART, Age Regression Therapy,
  • DEPT, Deep Emotional Processing Therapy
  • EMDR, Eye Movement Desensitization and Reprocessing.