Les besoins affectifs du tout-petit

 

Mouette rieuse

Lorsqu’on prend soin des tout-petits en négligeant d’établir avec eux un contact affectif, ils dépérissent et peuvent aller jusqu’à se laisser mourir. 

On a utilisé le terme « hospitalisme » pour décrire cet état d’enfants dépérissant à l’hôpital ou en institution bien que leurs soins corporels soient parfaitement assurés. C’est bien la carence relationnelle qui est à l’origine de leur trouble. Etablir une communication émotionnelle avec un autre humain est un besoin vital qui s’instaure dès la vie fœtale.

 

Qu'est-ce que l'attachement ?

L’enfant s’attache : il recherche la sécurité, la compréhension et le contact. L’attachement est le lien affectif qu’il développe vis-à-vis de sa mère ou de toute figure d’attachement qui joue le rôle de substitut maternel. Nous continuerons à écrire ici, par mesure de simplification, « la mère ».

Ce que l’enfant attend de sa figure d’attachement est qu’elle le comprenne, sache en prendre soin et le protéger. Quand elle répond à ses besoins émotionnels, l’enfant développe un lien fiable. L’attachement est précisément ce lien affectif durable, non interchangeable et unique entre deux personnes qui procure à l’enfant : sécurité, confiance et à terme estime de lui-même. L’attachement est alors dit ‘sécure’.

L’enfant reçoit ainsi une base de sécurité à partir de laquelle il va pouvoir explorer son environnement, décoiuvrir et apprendre. Lors d’une situation de détresse, il revient à sa base de sécurité pour y trouver une proximité rassurante. La situation de stress est tantôt extérieure (départ de la mère, présence d’un étranger, etc.), tantôt intérieure à l’enfant (colique, faim, douleur, etc.). Lorsque le lien est solide et sécurisant, toute situation de détresse ramène simplement l’enfant à sa base de sécurité, il y retrouve rapidement la sérénité et l’audace pour repartir explorer le monde. Selon son âge, il revient à proprement parler à sa base de sécurité, plus tard l’évocation de sa mère (doudou, objet transitionnel) suffira à lui rendre confiance.

La relation d'attachement n'est pas donnée, elle se construit progressivement; sa fiabilité dépend de l’attitude de la qualité de la réponse maternelle. L’enfant, puis l’adulte qu’il deviendra, réagiront selon le modèle mis en place au long des premiers mois d’existence.

 

Comportements innés d'attachement

Par quels signaux l’enfant sollicite-il l’attention maternelle pour permettre que se tisse le lien d’attachement ? Les comportements instinctifs de l'enfant envers les personnes qui prennent soin de lui visent à attirer leur attention afin de maintenir la proximité. Une réponse maternelle adéquate tisse un lien d’attachement solide, une chance pour le développement relationnel ultérieur du tout-petit. Les signaux qui sollicitent l‘interaction maternelle varie selon l’âge.

De la naissance à deux mois, l’enfant commence à distinguer les différentes personnes qui prennent soin de lui, il n'a pas encore de préférence pour telle ou telle personne, parents ou étrangers. Les réflexes qu’il utilise sont :

  • Le sourire 
  • Le babil
  • Les pleurs : qui amènent la figure d’attachement à se rapprocher pour que s’arrêtent les pleurs. Ils ne sont donc ni caprices, ni du « cinéma ».

 

De trois à six mois, le jeune enfant distingue de mieux en mieux les personnes. Il repère mieux ceux qui prennent soin de lui, désormais il va :

  • S’agripper à eux.

 

De six mois à deux ans environ, s’ajoute la possibilité de :

  • Suivre à quatre pattes : désormais la mère devient une base de sécurité à partir de laquelle l’enfant va explorer son environnement. La présence de la mère libère l’enfant du stress. Sécurisé, il pourra découvrir son environnement et apprendre.

 

Autour des 9 mois: L'enfant sait différencier les visages et distinguer celui de sa mère à laquelle il s’est attaché. Dès lors, il réagit différemment à la séparation. Il ne tolère plus être séparé de sa mère : toute distance supérieure à celle qu’il peut supporter déclenche une recherche de proximité.

 

Après la seconde année, l'enfant commence à percevoir la mère comme une personne indépendante, il prend mieux en compte les sentiments de celle-ci et intègre ses attentes. Le tout-petit ne pleure plus seulement parce qu'il a un besoin ou une souffrance, mais pleure comme moyen de la faire venir.

 

A partir de 3 ou 4 ans, l'enfant commence à pouvoir accepter une séparation sans plus de détresse.

 

 

Les figures d'attachement

Les figures d’attachement sont les personnes qui élèvent l’enfant dans les premiers mois de son existence le plus souvent la mère. Mais toute personne qui prend soin de lui est susceptible de devenir une figure d’attachement, que ce soit un homme ou une femme.

L’enfant s’attache à une personne de manière préférentielle, celle qui s’est occupé le plus souvent et le plus durablement de lui pendant les premiers mois de son existence. Cette personne n’est pas facilement interchangeable car il faut du temps pour que se développe le lien émotionnel et la sécurité qui feront d'une nouvelle figure d’attachement une base de sécurité. Il hiérarchise ses figures d’attachement : par exemple : la mère devient la figure d’attachement principale, tandis que la nounou devient une figure d’attachement secondaire.

 

Caractéristiques d'une réponse maternelle sécurisante

Le type d’attachement dépend des soins qui seront prodigués. Une mère peut très bien aimer son enfant et ne pas savoir répondre à son besoin d’attachement de manière adéquate, rapide et cohérente qui lui permette de réguler ses émotions. Plusieurs conditions sont nécessaires de la part de la mère pour que l’enfant se sente en sécurité et tisse un lien solide d’attachement :

 

  • Une fiabilité de la réponse : c’est la répétition du contact physique et la fiabilité de la réponse maternelle qui importent ;

 

  • Une réponse cohérente : ce dont le tout-petit a besoin, c’est du partage émotionnel, du soutien, de sentir que ses émotions sont perçues par la mère sans qu’elle soit elle-même submergée par ses propres émotions. Il faut pour cela qu’elle-même :
  • Perçoive les signaux que lui adresse son enfant ;
  • Accepte sa détresse, le fait qu’il pleure, qu’il soit parfois triste, sans pour autant penser qu’il fasse du cinéma ;

 

  • Une stabilité de la figure d’attachement : ne pas changer sans cesse de figure référente. 

 

  • Des séparations à durée adaptée à l’âge : Il s’agit de respecter le rythme de croissance sans brûler les étapes.

 

Si la mère répond d'une façon sécurisante, l’enfant développe un attachement sécuriséIl faut s’attacher pour pouvoir se détacher Lattachement sécurisé, bien loin d’interférer avec l’exploration, le stimule. Ce qui empêche une réponse de soins adéquate de la part de la mère :

 

  • Stress parce qu’elle est submergée, épuisée, non-soutenue ;

 

  • Ignorance : elle ne peut donner ce qu’elle-même n’a pas reçu.

 

Une mère est dite ‘suffisamment bonne’ lorsqu’elle sait fournir une réponse équilibrée et suffisante aux besoins de l’enfant : ni trop, ni trop peu. Une mère « trop bonne » répond par excès en empêchant l’enfant de ressentir le moindre manque, elle entrave ainsi la différenciation nécessaire entre elle et l’enfant. Elle le maintient dans une un sentiment de toute-puissance.

Nous décrivons à présent la manière de réagir d’un enfant selon son style d’attachement (= modèle interne opérant).

 

L'attachement sécurisé

Lorsque la mère répond de façon prévisible, rapide et adaptée, elle devient un référent sûr pour lui. Le message envoyé signifie à l’enfant qu’il n’est pas seul, qu’il est compris, qu’il va trouver de l’aide, qu’il est important. Les soins apportés la nuit occupent une place privilégiée dans la constitution du lien mère-enfant.

  • Il proteste lors de la séparation de la mère. A partir de 9 mois, l’enfant ne tolère plus d’être séparé de sa mère, toute distance supérieure à celle qu’il peut supporter déclenche une recherche de proximité. La présence d’un étranger suscite désormais de l’inquiétude. Le bébé a besoin des adultes pour calmer son angoisse, seul, il ne peut réguler ses émotions. Il ne s’agit pas ici d’un trouble pathologique de l’angoisse mais d’une saine angoisse liée à ce stade du développement.

 

  • Il se réjouit lors des retrouvailles et revient facilement à la paix. Quand le besoin d’attachement est activé, l‘enfant ne peut pas y répondre seul, le retour de la mère est accueilli avec joie et permet un retour rapide au calme.

 

  • Il explore son milieu par des aller-retours : une fois le contact retrouvé, l’enfant retrouve l’audace de repartir en utilisant sa mère comme base de sécurité pour l'exploration. Les enfants au lien sécurisé explorent plus, sont souvent plus loin de leur mère au prix de nombreux aller-retours.

 

Qu'apporte l'attachement sécurisé ? 

L’enfant sécurisé développe :

 

  • Le sentiment d’être accepté et une juste estime de lui-même : le sentiment de sa propre valeur est un merveilleux cadeau.

 

  • Un sentiment d’identité. La conviction que l’amour inconditionnel qui lui est manifesté n’est pas lié à ce qu’il fait, dit ou parvient à réaliser. Le "faire" - l'agir - surgit alors de l’être. L’amour ne se mérite pas.

 

  • Une confiance en lui et en l’autre, et donc la capacité de nouer de bonnes relations avec les autres.

 

  • Un sentiment de bien-être et une sécurité parce qu’il sait pouvoir trouver soutien et protection, en cas de danger. Au début de la vie, cette sécurité est donnée par une proximité physique. Puis, la présence de la mère s’intériorise ce qui autorise alors l’exploration confiante de l’environnement. Dès le quatrième mois, l’objet transitionnel joue un rôle dans la gestion de la séparation par l’enfant. Cet objet, connu dans le langage courant comme le « doudou », assume son rôle sécurisant lorsque l’enfant a pu au préalable intérioriser l’image de la mère.

 

  • Un système de pensée où se sont inscrites des croyances par rapport à soi, les autres, le monde et des manières de réagir en cohérence avec ces croyances. La psychologie parle de « modèle interne opérant ».

 

En résumé, c’est comme si l’enfant pensait : « J’ai le droit de vivre, j’ai le droit d’être là, je sais qui je suis et j’ai un bon sentiment d’exister, j’ai une bonne image de moi, j’ai un bon sentiment de ma valeur, je suis plein de vie, d’énergie, de joie, je peux prendre de bonnes décisions, je peux donner ce que j’ai reçu, je suis prêt à investir dans les relations, je peux faire face à la vie et surmonter les difficultés, je suis courageux et prêt à agir. »

On estime que 65% des enfants développe un attachement sécure. Leurs relations aux autres se font avec : ouverture, franchise, générosité, tact, bonté, chaleur, paix, confiance, patience, espérance. Leur bonne capacité de réguler le stress est un tremplin pour affronter les difficultés et les crises. C’est ainsi que l’attachement sécurisé favorise leur réussite scolaire. C’est également un capital pour prévenir de possibles troubles du comportement.

 

Attachements insécures

Quand la mère ne prête pas attention aux signaux d’interaction ou ne répond pas correctement aux besoins d’attachement de l’enfant, il ne peut développer un attachement sécurisé. L’insécurité limite ses potentialités de développement car il dépense beaucoup d’énergie psychique à chercher la sécurité au détriment de sa croissance intérieure.

L’enfant s’adapte de diverses manières, les trois signes caractéristiques de l’attachement sécure sont absents : stress normal lors de l’éloignement, joie des retrouvailles et capacité exploratoire.

Trois comportements insécures sont mis ainsi à jour, l’anxiété produit tantôt :

  • Anxieux : ambivalent, « sur-attachement »;
  • Einant : fausse indifférence;
  • Détachement défensif tant la présence de la mère est devenu insécurisant.

Selon son degré de sévérité, un attachement insécurisé précoce compromet la capacité d'exploration et la confiance en soi. Ultérieurement, la capacité d'adaptation sociale de l’enfant sera moins optimale, des troubles de l’angoisse se manifesteront plus facilement.

 

Types d'attachement insécures

         

1. Attachement évitant

La mère est ambivalente. Elle répond uniquement aux émotions positives de son enfant mais ignore ses cris, ses pleurs, ses colères qui sont mal supportés : « Si tu pleurniches, débrouilles-toi tout seul ! Je ne t’aime que lorsque tu es souriant. » Cette attitude finit par décourager l’enfant de solliciter le contact et l’encourage à se passer d’aide. Puisqu’il n’est pas accueilli lorsqu’il ne va pas bien, il ne manifeste plus de signaux qui s’avèrent contre-productifs, il apprend vite à refouler ses émotions : rien ne laisse plus transparaître son anxiété puisqu’elle fait fuir.  

Lors de la séparation, l’enfant est indifférent, faussement détaché... Voilà donc un enfant qui paraît facile : il ne manifeste pas de détresse, ni ne demande pas de réconfort, il paraît autonome. La vérité est autre, il recherche la proximité sans oser la demander.

Lors des retrouvailles, il ne se réjouit pas, ne montre pas de réaction visible : il reste tout un temps indifférent voire évitant. S'il est pris dans les bras, il ignore sa mère, voire s’en détourne sans faire d’effort pour maintenir le contact. Il en va de même vis-à-vis des étrangers.

Base de sécurité. De même que l’enfant réprime son besoin de réconfort, de même, il manifeste peu d'échange affectif et d’interaction avec elle durant le jeu et l’exploration.

On estime qu’un enfant sur cinq présente ce type d’attachement évitant.

 

2. Attachement ambivalent

La mère n’est pas fiable : elle répond tantôt adéquatement, tantôt pas. L’enfant, face à cette imprévisibilité, ne sait plus sur quel pied danser, lui-même devient anxieux et ambivalent.

Lors de la séparation. Voilà l’enfant stressé. Cependant, il n’est pas facilement apaisé par un étranger.

Lors des retrouvailles, bien qu’il manifeste avoir besoin de réconfort, il le refuse et, en colère, rejette les gestes de sympathie qu’on lui offre.

Base de sécurité. Il répète des demandes de contact et recherche la proximité :  il est toujours dans les jupes de sa mère. Il arrive que l’enfant ne soit pas seulement indifférent mais alterne agrippement et opposition colérique.

Cet enfant rejetant n’est pas explorateur et reste proche de sa mère qui ne constitue pas pour lui une véritable base de sécurité.

 

3. Détachement défensif

Une mère est parfois maltraitante malgré elle : elle est simplement incapable de donner ce qu’elle n’a pas reçu elle-même. Elle peut l’être affectivement en étant figée, intrusive, négativiste et embrouillant sa communication affective. Ainsi, la moitié des mères qui ont perdu un parent durant leur enfance ou leur adolescence seront confrontées à cette difficulté. Que ce soit volontaire ou involontaire de sa part, l’enfant se sent maltraité et s’attache de manière désorganisée. 

L’enfant maltraité manifeste souvent des comportements incohérents : il se fige, approche à reculons, etc. Ce type d’attachement tend à se transmettre d’une génération à l’autre. Maltraité, l’enfant a plus de risque de devenir un parent maltraitant.