« La Maison d'Abba », la guérison proposée aux enfants

Une démarche porteuse d'espérance.

 selon l'article de "Famille Chrétienne" de juillet 2004 - N°1384

« L'atelier le plus génial, c'est l'art floral. On fabrique un objet vraiment beau, rien qu'avec des choses de la nature », déclare Paul, avec l'enthousiasme de ses 13 ans, et de son baptême tout récent. « Moi aussi, c'est ce que je préfère », enchaîne Thomas, 14 ans, plus réservé, mais visiblement satisfait.

Paul et Thomas ont déjà eu leur part d'épreuves dans la vie, l'un avec le divorce de ses parents, l'autre avec la vingtaine d'opérations de sa malformation buccale. Ils sont les deux aînés de la cinquantaine de jeunes qui participent à la session de guérison intérieure pour des enfants blessés psychologiquement, à Sablé (Sarthe), à l'initiative de « La Maison d'Abba ».

 Au premier étage de l'école qui accueille cette session, qui aura rassemblé au total près de deux cents personnes, se répartissent les ateliers : peinture d'icônes, rosaire gestué, danses d'Israël, broderie. Agés de 4 à 14 ans, ces enfants, les uns hyperactifs, les autres solitaires, écoutent une catéchèse adaptée à leur atelier. « Avant d'enfiler l'aiguille, chacun d'eux reçoit un cœur en papier, sur lequel je les invite à écrire le nom de ceux qu'ils veulent confier au Seigneur, explique l'une des trois animatrices, femme de prière, artiste dans l'âme. Et pendant qu'ils brodent l'autre cœur, couronné d'épines, et surmonté d'une croix, je leur raconte l'apparition de Pellevoisin. »

Habituellement remuants, ces enfants sont à l'écoute, appliqués, paisibles.

 

« Une main sur l'épaule, et ils se calment »

Guillaume, 22 ans, animateur, nouveau pratiquant, découvre avec émerveillement combien les enfants dits « difficiles » sont capables de tisser des liens de confiance : « Ils sont turbulents, mais c'est un appel à la présence. Une main sur l'épaule, et ils se calment. La seule chose que je regrette, c'est que pendant l'adoration eucharistique, on n'ait pas osé leur offrir un instant de vrai silence. Ils en sont capables ».

D'autant plus que le prêtre qui anime la session des enfants connaît bien son public et peut beaucoup lui demander. Il manie le calembour, trouve la formule qui fait mouche : « Dans la vie, nous nous promenons tous avec trois valises. L'une avec des péchés contre Dieu : dessiner des tags sur les statues de l'église par exemple ! L'autre, avec des péchés contre soi-même : ne pas se brosser les dents, regarder un feuilleton télévisé au lieu d'apprendre sa leçon, manger comme un goinfre. La troisième, avec les péchés contre les autres - c'est carrément un conteneur ! »

Le Père Mathieu Malonga, habit blanc du dominicain, visage noir de l'Africain, tient tout son petit monde suspendu à ses paroles et à sa prière, au rythme du djembé. Un vrai bonheur pour ces jeunes qui ne savent pas s'extérioriser à bon escient, souvent décalés, donc réprimandés, enfermés dans une spirale de la violence. Ici, ils peuvent laisser jaillir le trop-plein du cœur, leur débordement de vie... aucun reproche : tout est canalisé, transformé en créativité et en louange. Certains semblent libérés de leur poids de souffrance, rendus à leur innocence d'enfants.

 

Pour chacun, une invocation personnalisée à l'Esprit Saint

Pendant ce temps, les parents prient, dans une grande salle où trône une immense et superbe reproduction de l'Enfant Jésus de Fra Angelico. C'est une session de guérison ; ils sont venus panser des blessures, les leurs et celles de leurs enfants. « La plupart des blessures sont par rapport au père. C'est la plus déstructurante », fait remarquer le Père Joseph-Michel Lemaire, le fondateur de « La Maison d'Abba » (« Abba » signifie « Papa » en araméen). Prières de louange au son des synthétiseurs et des guitares. Prières de délivrance : on coupe des liens avec l'alcool, le spiritisme, la sorcellerie, la magie, la franc-maçonnerie...

Puis quatre prêtres placés devant l'autel reçoivent les fidèles - les parents, puis les enfants. Chacun s'avance pour recevoir l'imposition des mains et demander une invocation personnalisée à l'Esprit Saint. Ferveur, larmes, émotions (un peu trop ?).

Avant de se rendre à la session, les parents ont reçu un questionnaire confidentiel de quatre pages pour aider à camper la situation de l'enfant. Sur sa lignée ancestrale, sa conception, sa vie intra-utérine, sa naissance, sa petite enfance, son comportement actuel : regarde-t-il beaucoup la télévision ?

 

Pas de vraie guérison sans la volonté de grandir

« Pendant qu'on lui imposait les mains, j'ai vu un garçon d'une dizaine d'années qui refusait la prière jusqu'à l'intervention du prêtre, et là, il s'est détendu », observe Guillaume. Mais Elisabeth, 8 ans, orpheline de père, est restée fermée... D'autres s'épanchent librement : un garçon de 9 ans pleure, la tête posée sur le cœur de son père. « On discerne si les larmes sont de tristesse ou de libération au fait qu'elles sont accompagnées ou non de sanglots », explique Jacques Rousset, l'un des « priants » de la session.

Avec l'intervention de Bernadette Lemoine, psychologue riche d'une longue expérience, la session trouve son assise anthropologique, avec une invitation à mobiliser l'intelligence et la volonté de l'enfant. Car il ne suffit pas de chercher à guérir, il faut grandir. Et le chemin ne se fait pas sans effort, ni sans douleur. La liberté est à ce prix.

« La séparation de l'enfant et des parents est souvent associée à la peur d'une souffrance. Sous des modes différents, c'est ce que vivent les enfants avec les troubles du sommeil, les cauchemars, les réveils matinaux, les difficultés à se coucher, à s'endormir », explique Bernadette Lemoine, qui soutient que c'est le prix de la maturation. « Les séparations jalonnent notre vie jusqu'à la mort, c'est un apprentissage indispensable... pas question de l'éviter », insiste-t-elle. « Mais il faut toujours expliquer ce qui va se passer. Et même donner la permission d'être triste. »

« Il est bon que des sessions de ce type puissent se mettre en place, estime le Père Michel Dubroca présent à la session. Mais il faut être prudent, éviter le spectaculaire. « Notre mouvement en est à ses balbutiements, reconnaît pour sa part le Père Lemaire. Nous y allons à tâtons. » Avec de beaux fruits du côté des enfants, et un chantier de réflexion à affiner. « Nous pressentons la pertinence de cette démarche, mais il faudrait creuser plus loin pour mettre à jour son enracinement biblique et traditionnel », écrivait au Père Lemaire le Père Verlinde, le prieur de la Fraternité monastique de la Famille de Saint Joseph, et prédicateur des conférences de Carême à Notre-Dame de Paris en 2002, sur le thème du Nouvel Age.

Maryvonne Gasse